« Comment ça, un ostéopathe vient d’ouvrir juste en face de chez vous ? » Un patient me lançait ça, mi-amusé mi-inquiet. Et oui : en quelques années, le nombre de cabinets a explosé. Ce détail en apparence anodin est au cœur du procès en charlatanisme.
Et si le principal danger pour la crédibilité de l’ostéopathie ne venait pas de ses détracteurs… mais de la profession elle-même ?
Je vais critiquer ma propre profession, et je le fais sans détour — non pour m’en distancier, mais parce que j’y crois assez pour vouloir la voir tenue au sérieux. La France compte aujourd’hui environ 30 000 ostéopathes, et plusieurs milliers de nouveaux diplômés arrivent chaque année, formés dans plusieurs dizaines d’établissements de niveaux très inégaux. Faites le calcul : le marché est saturé. Or un cabinet qui peine à remplir son agenda est un cabinet tenté de promettre plus qu’il ne peut tenir. Voilà le mécanisme, rarement dit, qui nourrit les dérives.
Pourquoi tant d’écoles ? Parce que la formation d’ostéopathe est privée et payante, donc rentable. Le titre s’est ouvert largement, sans le filtre sélectif d’un cursus universitaire unique. Résultat : à côté de praticiens solidement formés, d’autres sortent avec des bases plus fragiles, et parfois des convictions plus proches de la croyance que de la clinique. Et oui, ranger tout ce monde sous la même étiquette « ostéopathe » entretient précisément la confusion que dénoncent, à juste titre, les critiques.
On aimerait croire que le diplôme garantit tout. C’est faux, et vous mentir là-dessus serait indigne. Ce n’est pas le titre qui fait le sérieux d’un praticien, c’est sa façon de travailler : son honnêteté sur ses limites, son lien avec le médecin traitant, son refus de promettre l’impossible. La surproduction de diplômés ne rend pas l’ostéopathie « fausse » — mais elle noie les praticiens rigoureux dans une masse où le patient peine à s’y retrouver.
Rapportée à sa population, la France est l’un des pays où la densité d’ostéopathes est parmi les plus fortes au monde. Une telle abondance devrait être une chance pour les patients ; elle devient un problème quand la quantité prend le pas sur la qualité de la formation et le contrôle des pratiques.
Le vrai chantier n’est donc ni de défendre aveuglément la profession, ni de la condamner en bloc. Il est d’exiger, de l’intérieur, plus de rigueur : des formations sérieuses, des pratiques évaluées, et le courage de dire non aux promesses fantaisistes. C’est la position que je tiens dans mon cabinet, et c’est aussi votre meilleure protection en tant que patient.
Quand on crie au charlatanisme, on vise souvent une réalité : un secteur trop large, mal régulé, où le meilleur côtoie le douteux. Le reconnaître n’affaiblit pas l’ostéopathie sérieuse — au contraire, c’est la seule façon de la défendre vraiment. Reste alors une question très concrète, celle du prochain article : comment, vous, patient, repérer un ostéopathe qui travaille bien ?