« C’est incompréhensible que la Sécu ne rembourse pas l’ostéopathie. Et en plus, ma mutuelle rembourse à peine 20 euros la séance. » Cette réflexion, je l’entends presque chaque semaine au cabinet. Elle est doublement légitime. L’Assurance Maladie ne prend pas en charge les séances d’ostéopathie. Dans la plupart des contrats, nos séances sont en plus noyées dans un forfait « médecines douces » fourre-tout. Mais la vraie question n’est peut-être pas « pourquoi ne sommes-nous pas mieux remboursés ». C’est de savoir ce qui nous sortirait de ce panier commun où tout se ressemble aux yeux des assureurs.
Soyons précis sur la situation actuelle. L’Assurance Maladie ne prend pas en charge les séances d’ostéopathie en tant que telles. Ce n’est pas un oubli récent, c’est le cas depuis toujours. Les mutuelles, elles, peuvent proposer un forfait annuel ou un nombre limité de séances remboursées, selon les contrats. Les montants varient fortement d’une formule à l’autre, de quelques dizaines d’euros par an à plusieurs centaines. Le rapport sénatorial relève surtout une tendance de fond. Ces prestations sont de plus en plus souvent incluses dans les garanties de base des contrats complémentaires.
Un rapport sénatorial de septembre 2024 estime à près d’un milliard d’euros par an les remboursements consacrés par les complémentaires à l’ensemble de ces prestations. Ostéopathie, acupuncture, naturopathie, sophrologie, réflexologie, et d’autres encore. Ce montant a presque quintuplé en huit ans. L’ostéopathie en représente une part importante. Mais statistiquement, nous restons noyés dans cet ensemble. Selon les estimations du cabinet Galea et Associés, ces prestations représentent environ 3 à 5 % des remboursements des complémentaires.
Le rapport ne se prononce pas spécifiquement sur l’efficacité de l’ostéopathie. Il souligne plus largement que l’efficacité thérapeutique de certaines des pratiques regroupées dans ce forfait n’est pas toujours établie. Il recommande malgré tout de sortir l’ensemble de ces garanties du contrat « solidaire et responsable », pour les rendre optionnelles.
C’est là que le fil rouge de cette série reprend tout son sens. Cette amalgamation n’est pas seulement administrative. Elle tient aussi au fait que l’ostéopathie ne dispose pas aujourd’hui d’un référentiel propre. Un référentiel qui la distinguerait clairement, sur les plans scientifique et réglementaire, des autres pratiques regroupées sous cette appellation. C’est précisément l’un des problèmes soulevés dans notre premier article. Tant que cette distinction restera difficile à établir, l’ostéopathie continuera d’être traitée, par les assureurs, au sein d’un ensemble très hétérogène. À mes yeux, ce n’est donc pas d’abord un chèque plus généreux qu’il faut réclamer. C’est une sortie de ce classement générique.
En pratique, voici ce qu’il faut vérifier dans votre contrat mutuelle.
Le débat n’est d’ailleurs pas clos. Une question parlementaire publiée le 10 février 2026 interroge justement le Gouvernement sur ce point. Elle demande si l’ostéopathie sera exclue, en tout ou partie, des contrats responsables. Elle évoque aussi des discussions autour d’une autorité publique indépendante, chargée d’encadrer la profession : enregistrement, formation, déontologie. Plusieurs évolutions restent donc possibles. Le maintien du dispositif actuel, une réduction de la couverture, une individualisation des garanties par pratique, ou l’exclusion de certaines prestations des contrats responsables. À ce stade, rien n’est acté. C’est un débat qui reste ouvert.
En 2026, le vrai enjeu n’est donc peut-être pas de réclamer un remboursement plus généreux. C’est de sortir de cette catégorie fourre-tout. Il faudrait démontrer ce qui distingue l’ostéopathie, sur les plans de la formation, de la réglementation et des données scientifiques, des pratiques auxquelles elle est aujourd’hui associée. Tant que cette distinction restera insuffisamment établie, le remboursement restera dépendant d’un forfait dont le périmètre peut évoluer. Au gré des choix des complémentaires et de l’évolution du cadre réglementaire. La question n’est donc pas seulement de savoir combien votre mutuelle rembourse une séance. Elle est aussi de savoir sur quels critères cette séance est aujourd’hui classée.